"J'aimerais que mon enfant dessine autre chose que du ..."

Au contraire, et si c'était une bonne idée de dessiner du manga ?

« Mon fils / ma fille ne dessine que du manga. J’aimerais bien qu’il/elle dessine autre chose » se lamentent dans mon atelier quelques parents qui n’arrivent pas à comprendre l’engouement de leur progéniture pour cette BD venue du pays du soleil levant.

Que ceux-ci se rassurent. Tous les adolescents posant du manga sur papier maintenant n’en dessineront pas forcément d’ici quelques années. Pour bon nombre d’entre eux, ce ne sera qu’une phase nécessaire à la construction de leur personnalité d’adulte. Remémorez-vous, chers parents, de ce que vous faisiez et aimiez à 14 ans. Etait-ce la même chose qu’à 20 ans ? Où qu’à 40 ? Ceux qui continuent à aimer le manga au-delà de l’adolescence sont des passionnés. Vous savez, cette sorte d’olibrius que l’on retrouve dans d’autres domaines comme le cinéphile par exemple. Certains en feront leur métier (auteur, animateur, character designer, concept artist, etc.) et d’autres resteront des lecteurs assidus de nouveautés.

Fan'art de "Black Butler" dessiné par Danielle,
mon élève retraitée qui fait du manga

Le manga est très large. Au Japon, il en existe de tous les styles pour tous les âges traitant de sujets complètement variés. Sont édités même des mangas sur la vie trépidante des conducteurs de trains ou des vendeurs de bonbons. Vous pourriez aussi bien lire une histoire d’amour avec des scènes matures qu’une fleurette où déjà se serrer la main équivaut à un acte débouchant sur un futur mariage. Vous ne lirez donc pas la même chose que vous ayez 12 ou 35 ans ou vous aurez une lecture différente d’une même oeuvre car le vécu n’est pas le même.

"Anchisukiru Saitō no nichijō"
raconte la vie quotidienne d'un agent de sécurité

Revenons à la passion du dessin de manga qui caractérise les adolescents. Pourquoi l’aiment-il autant ? Pourquoi préfèrent-ils «My hero academia» à «Tintin» ?

Le principal élément de compréhension est la différence fondamentale entre la BD Franco-Belge et le manga. La BD Franco-Belge raconte une histoire. Les actions du héros font avancer le récit avec un début et une fin en 1 ou 2 albums principalement. En manga, c’est un processus de création qui s’étend sur 2 tomes pour les uns et plus de 80 tomes pour les autres, à l’instar d’un feuilleton. De plus, l’histoire passe au deuxième plan. Elle est le fil conducteur d’un tout autre point de vue mis en lumière dans le manga : l’expression des sentiments et des sensations.

"My Hero Academia"

En manga, les héros vivent de l’intérieur chaque instant de ce qui leur arrive. En manga de sport, lors d’un coup décisif, on peut suivre les réflexions et sentiments – souvent contradictoires – du protagoniste et cela sur plusieurs pages avant de marquer un point. En manga de romance, les sentiments des personnages sont décryptés par de très longs monologues. En manga de « baston », les affrontements entre adversaires font l’objet de joutes verbales, de sentiments de rage, de morale, de frustration, etc. qui peuvent être narrés dans un tome entier !

Vous avez peut-être déjà compris où je voulais en venir. Le manga, c’est le miroir de l’adolescence. Vos enfants retrouvent leurs interrogations profondes dans ces récits en apparence futiles.

Alors, laissez-les dessiner des mangas, c’est bon pour eux 😉

Personnages connus revisités par Clara

Quelques dessins d'élèves de l'année scolaire 2018-2019